« Le cheveu est politique »

Rencontre avec la Liégeoise Malou Lourtie, fondatrice d’un concept dédié aux cheveux texturés.

Malou Lourtie est la créatrice du premier concept store de Belgique consacré aux cheveux crépus, frisés et bouclés au naturel. Après un crowdfunding réussi lancé au printemps 2021, la jeune femme donne vie à « Kiburi », au centre de Liège, soutenue par Job’In. Malou rencontrait quelques journalistes ce 1er octobre 2021.

 
 

Malou, c’est quoi ton concept, en résumé ?

Je veux mettre en avant un type de cheveu qui auparavant n'a jamais eu sa place dans la société. Le cheveu texturé englobe les cheveux crépus, frisés ou bouclés : il a été stigmatisé et marginalisé dans énormément de cultures, la norme étant le cheveu lisse. Mon objectif n’est pas d’effacer la beauté du cheveu lisse, mais montrer que chaque beauté compte.

Quel est l'accueil des Belges pour ton concept ?

Cela fait cinq semaines que j’ai ouvert Kiburi. Le bouche-à-oreille fonctionne bien : les premiers clients reviennent, en parlent à leurs amis et connaissances. J’ai la chance d’avoir des contributeurs fidèles qui sont déjà passés me rencontrer en boutique. Des salons de coiffure me contactent, me posent des questions, veulent apprendre.

Pourquoi est-ce compliqué de trouver des produits et conseils sur les cheveux texturés en Belgique ?

J’importe mes produits de France, d’Allemagne, des Pays-Bas, de Grande-Bretagne et des États-Unis, car en Belgique, ces produits restent rares. Pourquoi ? C’est une longue histoire ! En résumé, je dirais que le cheveu lisse est la norme depuis toujours. Alors que 70% de la population mondiale a des cheveux texturés, le standard reste d’avoir des cheveux lisses.

Mais le regard commence à changer, les minorités prennent leur place dans la société, elles expriment leurs différences et en sont fières. Les gens se rendent compte que défriser ses cheveux est une catastrophe pour la santé, car on doit recourir à beaucoup de produits chimiques qui brûlent le crâne, ils contiennent de la soude, ainsi que des perturbateurs endocriniens qui peuvent s’avérer hautement cancérigènes.

Que peut-on trouver chez Kiburi ?

Je propose différents produits et je vais bientôt recevoir les premiers accessoires : masques hydratants, shampoings, leave in (soin sans rinçage), huiles, beurres, brosses, peignes, diffuseurs, pinces à cheveux, bonnets en satin pour la nuit… L’objectif est de pouvoir disposer de tout ce qu’il faut chez soi pour pouvoir entretenir son cheveu au naturel. C’est de la vente-conseil : je passe vingt minutes en moyenne avec chaque client pour expliquer l’utilisation des produits.

Je lance en octobre des ateliers les samedis matin, de 10 à 12 h, pour des groupes de 5 à 8 personnes, où je préciserai en détail les particularités des cheveux texturés et comment en prendre soin. Enfin, je proposerai bientôt tous mes produits via internet, j’ai déjà des demandes émanant des quatre coins de la Belgique, et même de l’étranger !

Quel genre de personnes vient chez Kiburi ?

En théorie je m’adresse à tout le monde, hommes ou femmes. Mais à part un monsieur qui est venu recueillir des conseils pour sa compagne, toutes mes clientes sont jusqu’à présent des femmes. Certaines mamans viennent pour leur enfant. Cette clientèle majoritairement féminine concorde avec l’étude de marché que j’avais réalisée avant d’ouvrir. Atteindre la clientèle masculine fait partie de mes objectifs.

Sinon ma clientèle est très diversifiée : des femmes noires, métisses et blanches poussent la porte. Elles sont soulagées de pouvoir enfin être acceptées avec leur cheveu au naturel et d’en finir avec cette espèce d’injonction sociale qui consiste à lisser les cheveux, ou les défriser. Je les conseille pour revenir à leur cheveu naturel.

Quelle différence entre Kiburi et un "salon afro" ?

Je ne suis pas encore un salon, c’est dans mes projets. J’offre des conseils, des produits et des accessoires. Mon focus, c’est l’entretien des cheveux texturés au naturel. Un salon afro offre souvent des soins pour le cheveu dénaturé (défrisage ou lissage excessif) ou artificiel (extensions, tissages).

En quoi les cheveux texturés sont-ils différents des autres ?

Le cheveu texturé demande plus d’hydratation qu’un cheveu lisse, il est également plus fragile et réagit plus aux agressions externes comme la pollution, le froid, la chaleur, l’humidité,… Les techniques de soins sont spécifiques, et c’est seulement quand on les applique qu’on peut réellement découvrir son cheveu.

Quand on parle avec toi, on sent une passion. D’où vient-elle ?

Je suis revenue à mon cheveu naturel il y a 10 ans et ce fut une révélation ! Le cheveu est politique : je ne suis pas l'auteure de cette formule, mais je la trouve très juste. Le cheveu est quelque chose de très fort. Coco Chanel disait : « Une femme qui se coupe les cheveux est une femme qui s’apprête à changer de vie. »

Quand on veut humilier quelqu’un, on s’en prend à ses cheveux. Il suffit de penser aux femmes tondues après la guerre. Une amie italienne me disait récemment qu’on l’a toujours appelée « La Sauvage », à cause de ses cheveux bouclés. Et on dit souvent que Barack Obama n’aurait pas été élu si son épouse Michèle avait laissé ses cheveux au naturel ! Bref, il y a encore énormément de préjugés à déconstruire envers le « cheveu crépu », mais je suis confiante, car je vois que les choses bougent aux États-Unis, et ici aussi ! Mon objectif final est que chacun et chacune se sente bien avec ses cheveux, qu’ils soient lisses ou texturés !


À propos de Kiburi

Kiburi signifie fierté en swahili, la langue maternelle de Malou Lourtie.C’est un commerce de proximité situé au centre de Liège, bientôt complété d’un e-shop, consacré aux cheveux texturés. La boutique est un lieu de bienveillance, pour tous, hommes, femmes et enfants, de toutes couleurs de peau. Malou propose la vente-conseil d’une gamme de produits et d'accessoires non agressifs et adaptés aux cheveux texturés. Des ateliers de deux heures seront prochainement proposés le samedi matin, sur inscription.


Kiburi, Rue Léopold 10 à 4000 Liège ; ouvert du mardi au vendredi de 10 à 18h30, le samedi de 10 à 18h00, les premiers dimanches du mois de 10h30 à 15h00. Page Facebook de Kiburi

  • Madeleine Dembour, attachée de presse : +32 (0)478 67 25 43
  • Malou Lourtie, Kiburi : +32 (0)495 45 45 49
  • Les photos ci-dessous sont en haute définition, téléchargeables et libres de droit (mentionner © Dominique Bernard)

Communiqué de presse en PDF

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